Le test d’audition, à quoi il sert et ce qu’il ne dit pas

Portrait de Céline MarchatPar · 22 août 2026

Une amie est sortie d’un test d’audition avec une feuille couverte de croix rouges et de ronds bleus, et la phrase « c’est presque normal ». Elle continuait pourtant à ne rien suivre au restaurant. L’écart entre ces deux faits m’a occupée plusieurs semaines, et il a une explication assez simple.

Ce que mesure un test d’audition

Le format le plus courant s’appelle l’audiométrie tonale. On installe la personne dans une cabine insonorisée, avec un casque, et on lui envoie des sons purs à différentes fréquences, des graves vers les aigus. Pour chaque fréquence, on cherche le volume le plus faible auquel elle réagit encore. Ce seuil est reporté sur un graphique.

Le résultat se lit en décibels sur l’axe vertical et en hertz sur l’axe horizontal. Plus la courbe descend, plus il faut de volume pour que le son soit perçu. Les ronds représentent une oreille, les croix l’autre, et la convention de couleur est stable d’un document à l’autre.

Une seconde épreuve, l’audiométrie vocale, complète souvent la première. On fait répéter des listes de mots, parfois dans le silence, parfois avec un bruit de fond. Cette partie-là se rapproche davantage de la vie réelle, et c’est précisément celle dont on parle le moins.

La courbe et la vie quotidienne

Mon amie avait une perte modérée sur les fréquences aiguës et presque rien sur les graves. Sur le papier, cela ressemble à peu de chose. Dans une conversation, cela retire les consonnes.

Les voyelles portent dans les graves, les consonnes dans les aigus. Perdre les aigus revient à entendre que quelqu’un parle sans distinguer ce qu’il dit, parce que ce sont les consonnes qui séparent les mots. « Chat », « char » et « chas » deviennent le même bruit. Ajoutez un fond sonore, qui mange en priorité les sons faibles, et la phrase devient illisible alors que le volume global semble suffisant.

Voilà pourquoi une courbe « presque normale » peut coexister avec une gêne quotidienne sérieuse. Le test mesure la détection d’un son isolé dans le silence ; la vie demande la discrimination de sons complexes dans le bruit. Ce ne sont pas les mêmes tâches.

Ce que le test ne couvre pas

Quatre choses manquent systématiquement, d’après ce que j’ai lu et d’après les retours que je recueille.

  • La fatigue. Suivre une conversation avec une perte auditive demande un effort de reconstruction permanent. Cet effort ne se mesure pas en décibels et il explique l’épuisement de fin de journée dont beaucoup de personnes parlent.
  • Le bruit de fond réel, qui ne ressemble pas au bruit calibré d’une cabine.
  • Les acouphènes, qui peuvent accompagner une perte sans apparaître sur la courbe.
  • Ce que la personne fait de ses journées. Une perte identique ne pèse pas pareil chez quelqu’un qui travaille en salle de réunion et chez quelqu’un qui lit chez lui.

Lire un audiogramme sans se noyer

La feuille fait peur et elle se décode en trois lectures. J’ai appris à les faire dans cet ordre, et depuis je m’y retrouve.

Première lecture, la hauteur générale de la courbe. Plus elle est basse sur le graphique, plus les seuils sont élevés, donc plus la perte est importante. Les tranches employées couramment vont de la perte légère à la perte profonde, avec des bornes exprimées en décibels. Une courbe qui reste dans le haut du graphique signale une audition proche de la norme sur les fréquences testées.

Deuxième lecture, la forme. Une courbe plate signifie une perte comparable sur toutes les fréquences. Une courbe qui plonge vers la droite signale une perte sur les aigus, la configuration la plus fréquente avec l’âge et celle qui retire les consonnes. Une courbe qui plonge vers la gauche, plus rare, touche les graves. Une courbe creusée en son milieu dessine ce que certains documents appellent une encoche, souvent associée à une exposition sonore répétée.

Troisième lecture, l’écart entre les deux oreilles. Une différence marquée entre les ronds et les croix change beaucoup de choses au quotidien, en particulier la capacité à localiser d’où vient un son, qui repose sur la comparaison entre les deux côtés. Une personne avec une surdité sur une seule oreille entend, mais ne sait pas d’où vient la voiture.

Ces trois lectures ne remplacent pas l’interprétation de quelqu’un de compétent dans ce domaine. Elles permettent de poser des questions précises plutôt que d’acquiescer.

Les tests en ligne

Il circule beaucoup d’autotests auditifs, sur navigateur ou sur téléphone. J’en ai essayé trois, par curiosité. Le problème est structurel : le résultat dépend du casque, du volume du système, du bruit de la pièce et de la qualité de la carte son. Aucun de ces paramètres n’est calibré.

Ces outils peuvent signaler qu’il se passe quelque chose, et à ce titre ils ont leur utilité. Ils ne produisent pas une mesure. L’écart que j’ai observé entre deux passages du même test, à une heure d’intervalle, sur le même appareil, dépassait ce qui sépare une audition normale d’une perte légère.

Après le test

Une courbe ne décide de rien toute seule. Elle entre dans un ensemble qui comprend l’examen de l’oreille, l’audiométrie vocale, l’histoire de la personne et ce qu’elle attend. La décision d’un appareillage et le choix d’une famille d’appareil se discutent avec une personne compétente dans ce domaine, et rien de ce que j’écris ici ne remplace cet échange.

Ce que j’ai trouvé utile, en revanche, c’est de demander une copie de l’audiogramme et de se le faire expliquer point par point. Les différentes familles d’appareils auditifs se comprennent beaucoup mieux une fois qu’on sait quelles fréquences sont concernées, et la question du financement, que j’aborde dans ma note sur le prix d’une prothèse auditive, se pose dans un deuxième temps.

Pour la dimension administrative et les droits associés à une perte auditive, le portail du secrétariat d’État chargé des personnes handicapées constitue un point de départ plus fiable que les forums.

Une dernière remarque, qui vaut pour moi comme pour n’importe qui : un test d’audition ne se passe pas une fois pour toutes. Les seuils évoluent, lentement d’ordinaire, parfois vite après une exposition sonore ou un épisode particulier. Un audiogramme de 2019 ne décrit pas l’audition de 2026, et je l’ai constaté chez deux personnes de mon entourage qui s’appuyaient encore sur un vieux document pour affirmer qu’elles entendaient bien.

Si votre audiogramme raconte une histoire différente de votre quotidien, vous n’êtes pas seul dans ce cas, et ce décalage mérite d’être dit à la personne qui vous suit plutôt que gardé pour soi.